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Published by Editor
Sep 26, 2007
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Jacques Dubrulle présente le festival de Ghent/Gand

Nous vous souhaitons la bienvenue à la conférence de presse de cette 34ème édition du Festival du Film de Gand. Tout d’abord, je tiens à vous remercier d’avoir fait la promotion de notre Festival. En effet, lorsque la célèbre revue spécialisée Variety nous a classés parmi les cinquante festivals incontournables dans le monde, vous avez veillé à ce que cette information reçoive l’écho qu’elle méritait. Nous sommes bien sûr extrêmement fiers de voir nos efforts ainsi récompensés. Cette distinction est en outre un encouragement à poursuivre dans la voie que nous nous sommes choisie. Faisons-le donc ensemble, à la manière de nos invités de cette année, les films et la musique sud-américains, et plus particulièrement argentins. Comme on le dit là-bas, le tango, ça se danse à deux. Une maxime que nous reprenons bien volontiers à notre compte.

Dans un environnement où la concurrence se fait de plus en plus rude, programmer un festival du film n’est pas chose facile car il nous faut savoir concilier des intérêts divergents. Les distributeurs aiment à voir dans les festivals une plateforme de lancement pour leurs films, et il faut donc que les dates du festival et de la sortie du film ne soient pas trop éloignées. Du fait de la surenchère des festivals, réalisateurs et vedettes se laissent moins facilement convaincre de participer. Par ailleurs, la vie d'un nombre croissant de films restant souvent réduite à une présentation lors de festivals, les exigences financières des vendeurs et agents commerciaux sont de plus en plus difficiles à satisfaire.

En revanche, le nombre de films candidats à une projection ne cesse quant à lui d’augmenter. Cette année, nos bureaux de la Leeuwstraat 40b ont vu défiler pas moins de 1534 DVD. Soit très précisément 275 de plus que l’année dernière. Sans compter que notre service « programmation » a visionné 257 autres films lors de festivals étrangers. Finalement, nous avons sélectionné 140 longs métrages et 48 courts métrages. Pour un total de 516 projections. Si vous souhaitez voir tous les films, vous devrez y consacrer pas moins de 15.518 minutes. Impressionnant, n’est-ce pas ? Et encore, nous avons réduit le programme de 20 % par rapport à l’année dernière. Cette mesure était nécessaire pour que le Festival reste gérable et « à dimension humaine ». Si les chiffres prouvent quelque chose, c'est que notre Festival est pris très au sérieux par le secteur. Ce que vient de confirmer Variety.

Cette année, le Festival ouvrira ses portes sur une première européenne, celle de « Closing the Ring », de Lord Richard Attenborough qui était parmi nous il y a quelques années en tant qu’ambassadeur de l’UNICEF et ami du Festival. Si je regarde la programmation de ces dernières années, je constate que notre Festival trouve de plus en plus sa place dans le monde et se pose de plus en plus en témoin de ce qui s’y passe. Ce n’est pas un hasard si nous avons ouvert une édition précédente avec « Omagh » et si, cette année, nous inaugurons les séances du Vooruit avec « Sand and Sorrow ». Du terrorisme irlandais au scandale humanitaire du Darfour. Les cinéastes n’y vont pas par quatre chemins pour nous montrer ce dont l’homme est capable. Mais fermer les yeux serait bien pire. Heureusement, tous les films ne vont pas aussi loin dans la représentation. Ainsi, dans son « Sicko », Michael Moore voit les choses plutôt avec humour.

Dans notre film de clôture, « It’s a Free World », Ken Loach met le doigt, avec son style inimitable, sur l’exploitation actuelle des travailleurs étrangers. Lorsque cette projection aura lieu, le jury aura déjà rendu son verdict sur « This is England », film déroutant de Shane Meadows dans lequel elle brosse le portrait d'une poignée d'ado pendant les années Thatcher. Shane Meadows est, selon moi, l'une des candidates les plus fortes que nous ayons eues ces dernières années en compétition. Avec le film de Hana Makhmalbaf « Buddha Collapsed Out of Shame », nous proposons une autre première européenne. Âgée d’à peine 19 ans, Hana Makhmalbaf nous tend, elle aussi, un miroir, avec l'histoire d'une petite fille qui veut aller à l'école. « The Savages », film dur mais profondément humain et émouvant, est quant à lui un de ces films qui, sans ce festival, n’aurait probablement jamais trouvé le chemin des salles. D’autres films, comme « In memoria di me » et « Takva. A Man’s Fear of God », qui nous parlent respectivement d’un chrétien et d’un musulman en quête d’identité et abordent sans complaisance le débat sur les valeurs, ne manqueront pas de susciter des discussions animées. Envie de souffler après toutes ces émotions ? Allez donc voir l’extraordinaire « The Band’s Visit ». Ici aussi, il sera question d’identité dans le contexte israëlo-arabe, mais sur un mode quelque peu plus léger. Partout où « The Band’s Visit » a été montré, il a remporté un franc succès. Des questions comme « qui suis-je ? », « qu'est-ce que je fais ici ? », « que faire et avec qui ? » semblent être une constante dans beaucoup des films sélectionnés. Jeune diplômée de l’école de cinéma Rits, Renée Sys les aborde dans un travail de fin d'études impressionniste et joliment tourné, intitulé « Alles Valt ». Quant au cinéaste argentin Ariel Rotter, les réponses qu’il leur a apportées dans son « El Otro » lui ont valu l’Ours d’argent au Festival de Berlin.

En mettant l’accent sur l’Argentine, nous avons bien sûr voulu aller au-delà de l’individu. Lorsque l’Argentine a, contre toutes attentes, connu l’une des crises financières les plus graves de son histoire il y a quelques années, beaucoup y ont vu la fin du film argentin, faute de crédits. Toutefois, les cinéastes n’ont pas baissé les bras et occupent à nouveau le devant de la scène. Dans leurs films, ils témoignent de la nouvelle dynamique à l'œuvre dans leur pays. Regarder leurs réalisations, c’est un peu comme s’offrir une escapade au pays du tango. Musique et films. Le Festival du Film de Gand et l’Argentine étaient faits pour se rencontrer. Alors un bon conseil : profitez bien du tango, synonyme selon certains de « trois minutes d'amour », mais ne faites pas l’impasse sur les autres documentaires et genres musicaux, dont le chamamé. Ne manquez pas non plus la prestation de Gustavo Santaolalla qui, cette fois, ne se produira pas seul sur scène mais est venu à Gand avec son Bajofondo Tango Club. Ambiance garantie !

Pour le Festival, choisir l’Argentine (mais aussi pour l’Amérique du Sud au sens large), c’était faire un plongeon dans la nouveauté. Y compris sur d’autres plans. Non seulement avec le désormais traditionnel programme « A Look Apart » de Cis Bierinckx mais aussi dans les activités de notre Industry Office. Comme cela a déjà été répété à de multiples reprises, le film est un support qui, pendant cent ans, n'a pratiquement pas changé. La pellicule est restée son support. Seul le son a connu une grande avancée, avec l’avènement du Dolby Stereo et des technologies dérivées.
Aujourd’hui, c’est au tour de l’image de connaître une révolution, avec la numérisation de plus en plus fréquente et le remplacement de la pellicule par des bits et des octets. Nous commençons à en voir les premiers effets mais les conséquences de cette évolution à terme nous sont encore inconnues. Jamais le film n’avait été aussi accessible qu’à l’ère du DVD. Une disponibilité qui a profondément modifié le comportement des spectateurs. « Cinema in transitie » résume très bien cette problématique. Pour examiner les différents aspects de cette évolution, le festival s’est associé au Vooruit, à Mediadesk, à IAK, à Argos et à Huis van Alijn.

L’impact de l’image sous ses diverses formes est étudié à la Zebrastraat, désormais bien connue, ou au Vooruit. Par ailleurs, nos experts se penchent également sur la manière dont évolue l’expérience cinématographique dans un nouvel environnement technique. Montrer, approfondir et façonner. Tels sont les trois piliers de cette édition du festival. Un talent bien de chez nous, cette année Jef Neve, est mis à l’honneur lors du World Soundtrack Awards, aux côtés de valeurs internationales bien établies : Harry Gregson-Williams et le « compositeur maison » d’Atom Egoyans, Mychael Danna. Le même Danna sera l’une des figures centrales du séminaire annuel sur la musique, placé cette année sous le signe du « sound design », qui revêt une importance de plus en plus grande. Après ce séminaire, tous les participants seront les bienvenus au concert live d’Alberto Iglesias, lauréat des Oscars, qui jouera en première mondiale la musique qu’il a composée pour « The Kite Runner » de Mark Fosters.

Enfin, tous ceux qui ont des idées de film pourront, comme chaque année, en discuter à la bourse aux idées ou s’inscrire à la conférence du célèbre scénariste Mogens Rukov, l’une des figures de proue du mouvement Dogma. Je vous laisse le soin de découvrir la suite de notre programme varié, mais n’oubliez par notre offre « Almost Cinema » au Kunstencentrum Vooruit ni les trois jours de la musique. Vous connaissez sans doute la plupart des noms à l’affiche mais nous vous avons néanmoins réservé quelques surprises. Nous tenons également à attirer votre attention sur notre initiative visant à donner aux personnes défavorisées la possibilité de choisir un film au prix symbolique de 1 EUR. Nous entendons ainsi apporter une réponse concrète à l'appel du ministre Bert Anciaux visant à rendre la culture plus accessible. Enfin, je remercie de tout cœur tous ceux qui ont contribué à faire un succès de cette 34ème édition du Festival et je vous souhaite à toutes et à tous un festival agréable et enrichissant.

Jacques Dubrulle
Administrateur délégué