Le foot, l’Afrique et la sexualité à l’honneur de Berlin
Le foot, l’Afrique et la sexualité à l’honneur de la 55ème édition de la Berlinale
Ces trois thèmes disparates ont été mis en avant par le directeur du Festival International de Film de Berlin, Dieter Kosslick à l’ouverture et durant le festival qui se tient du 10 au 20 février 2005.
Le premier thème se comprend aisément quand on sait que Berlin sera l’hôte de la coupe de monde de football en 2006. La Berlinale, largement soutenue par la ville, se devait d’apporter sa contribution à l’événement. C’est hier soir que fut sifflé le départ lors de l’avant-première du film « Shoot Goals ! Shoot Movies ! » au forum Talent Campus, plateforme du festival accueillant 530 jeunes cinéastes, producteurs, compositeurs etc. du monde entier. 45 courts-métrages de jeunes cinéastes venus de 29 pays sont rassemblés dans ce film original, sponsorisé pour l’occasion par la FIFA et son programme artistique et culturel. Responsable du programme, André Heller avouait hier soir devant une salle comble avoir été « fasciné » par la diversité et la créativité des jeunes talents sélectionnés pour ce projet. Les mini-films de ces débutants ne possédant parfois que de très modestes moyens audiovisuels peuvent en effet déjà jouer dans la cour des grands. De l’Inde aux Etats-Unis en passant par l’Afrique, chaque œuvre développe une vision subjective du football et parvient en quelques minutes à mener les spectateurs du rire aux larmes. C’est le cas par exemple de film « Your Studies First » du béninois Sylvain A. Adjahossi où des enfants créent leur petit terrain de foot avec quelques craies ou encore « We love football – Please Stop the War » du sri lankais Aruna De Silva Lokuliyana filmant de jeunes joueurs au bord de champ de mines. Des émotions vécues par les fans de foot aux problèmes liés à la violence fanatique, ces films ont pour effet de mettre en perspective ce sport populaire dans toutes les régions du monde. « Le football est un divertissement universel et aux résultats imprévisibles. C’est un peu comme le cinéma » déclarait, enjoué, Dieter Kosslick aux jeunes professionnels. Ces derniers n’auront pas traversé les océans pour rien puisqu’en plus de places pour la coupe du monde, leur film « Shoot Goals, Shoot Movies » sera diffusé prochainement sur les chaînes Arte et ZDF.
Quant au second thème, l’Afrique, il est déjà moins évident. Il est vrai que 4 films sur 22 de la compétition officielle s’intéressent au continent africain. Un seul est cependant réalisé en Afrique, le magnifique opus du Sud-Africain Mark Dornford-May, « U-Carmen eKhayelitsha ». Version africaine du Carmen de Bizet, « U-Carmen » est un des films les plus originaux de la compétition 2005. La vie du township eKhayelitsha mise en musique et chansons par une chorale confirmée transpire de passion et de violence. Présents durant le festival, l’équipe du film est venue également expliquée lors d’un atelier consacré aux cinémas d’Afrique, les challenges de la réalisation et de la distribution cinématographique en Afrique du Sud (10 long-métrages produits en 2004). Ainsi la Berlinale « se fait une responsabilité de soutenir les cinématographies en difficulté » affirme la programmatrice de l’atelier, Dorothée Wenner. La création du World Cinema Funds, un prix visant à soutenir un film du Sud, ainsi que de récents accords de co-production entre le Festival et l’Afrique du Sud, peuvent laisser espérer de meilleurs lendemains. Pourtant, une majorité de cinéastes d’Afrique présents à la Berlinale regrettent encore la marginalité de leurs cinématographies et appellent à la mobilisation des festivals sur le continent africain et en Europe pour promouvoir leurs œuvres. L’Afrique restera, on l’espère, au cœur des prochaines éditions du festival car les jeunes talents là aussi ne demandent qu’à éclore.
Quant au thème de la sexualité, nous n’avons pas encore, il faut l’avouer, percé le mystère… Thématique universelle aux résultats improbables, elle aussi ? Ou tout simplement effet festif de l’hivernale Berlin ? Annoncé en cours de festival, les organisateurs n’ont pas sur ce point précisé leur pensée. Néanmoins, et en attendant le palmarès dimanche 20 février, on peut d’ores et déjà affirmer que la 55ème édition de la Berlinale a su faire preuve d’audace et de diversité.
Jasmine Champenois
Envoyée spéciale