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Published by Editor
Jul 23, 2003
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20 films en compétition à Locarno

COMPETITION INTERNATIONALE
Le Jury de la compétition internationale
Girish Karnad, réalisateur, écrivain (Inde)
Niccolò Ammaniti, écrivain (Italie)
Jean-Luc Bideau, acteur (Suisse)
Franck Nouchi, critique cinématographique (France)
Nick Powell, producteur (UK)
David Robbins, compositeur (USA)
Stefania Rocca, actrice (Italie)

Les Prix du Festival de Locarno 2003
Compétition internationale

1. 16 YEARS OF ALCOHOL
de Richard Jobson - UK - 102 min
avec Ewen Bremner, Kevin McKidd, Laura Fraser, Lena Heady
Production: Tartan Works Ltd
Ventes internationales: Fortissimo Film Sales
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

2. AU SUD DES NUAGES
de Jean-François Amiguet - Suisse - 85 min
avec Bernard Verley, François Morel, Maurice Aufair, Zoé, Jean-Luc Borgeat
Production et ventes internationales: Bernard Lang AG
PREMIERE MONDIALE

3. BOM, YEOREUM, GAEUL , GYEOWOOL, GEURIGO BOM (SPRING SUMMER
FALL WINTER AND SPRING)
de Kim Ki-duk - Corée du Sud - 103 min
avec OH Young-soo, KIM Jong-ho, SEO Jae-kyung, KIM Young-min
Production: LJ Film, Seoul, Pandora Film, Köln
Ventes internationales: Bavaria Film International
PREMIERE MONDIALE

4. BÖSE ZELLEN (FREE RADICALS)
de Barbara Albert - Autriche - 120 min
avec Kathrin Resetarits, Ursula Strauss, Georg Friedrich, Marion Mitterhammer
Production: Coop 99 Filmproduktion
Ventes internationales: Celluloid Dreams
PREMIERE MONDIALE - DEUXIEME OEUVRE

5. CHOKHER BALI
de Rituparno Ghosh - Inde - 120 min
avec Aishwarya Rai, Prasenjit Chatterjee, Raisma Sen
Production et ventes internationales: Shree Venkatesh Films
PREMIERE MONDIALE

6. DANEHAYE RIZE BARF (TINY SNOWFLAKES)
de Ali-Reza Amini - Iran- 80 min
avec Mohsen Tanabandeh, Madjid Bahrami
Production: Documentary & Experimental Film Center
Ventes internationales: Seherazad media international
PREMIERE MONDIALE - DEUXIEME OEUVRE

7. DEPENDENCIA SEXUAL (SEXUAL DEPENDENCY)
de Rodrigo Bellott - Bolivie/USA - 105 min
avec Alexandra Aponte, Roberto Urbina, Jorge Antonio Saavedra
Production: Bods Films, LLC
Ventes internationales: Cinemavault Releasing
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

8. GORI VATRA (FUSE)
de Pjer Zalica - Bosnie/Herzegovine - 105 min
avec Enis Beslagic, Bogdan Diklic, Sasa Petrovic, Izudin Bajrovic, Jasna Zalica
Production et ventes internationales: Refresh Production
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

9. LOS GUANTES MAGICOS
de Martin Rejtman - Argentine - 90 min
avec Gabriel Fernández Capello, Valeria Bertuccelli, Fabián Arenillas
Production: Rizoma Films
Ventes internationales: Bavaria Film International
PREMIERE MONDIALE

10. KHAMOSH PANI (SILENT WATERS)
de Sabiha Sumar - Pakistan/France/Allemagne - 105 min
avec Kirton Kher, Aamir Malik, Arsad Mahmud, Salman Shahid, Shilpa Shukla
Production: Vidhi Films, Karachi; Unlimited, Schiltigheim; Flying Moon
Filmproduktion, Berlin
Ventes internationales: Les Films du Losange
PREMIERE MONDIALE - DEUXIEME OEUVRE

11. MANEKEN PIL (LITTLE MEN)
de Nariman Turebayev - Kazakistan / France - 85 min
avec Erjan Bekmuratov, Oleg Kerimov, Lyazat Dautova, Mira Abdulina
Production et ventes internationales: Duo Films
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

12. MARIA
de Calin Netzer - Roumanie - 97 min
avec Diana Dumbrava, Serban Ionescu, Horatiu Malaele, Luminita Gheorgiu,
Production et ventes internationales: Artis Film Romania
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

13. LES MARINS PERDUS
de Claire Devers - France - 97 min
avec Bernard Giraudeau, Miki Manoslovic, Marie Trintignant
Production: Salomé
Ventes internationales: Massimo Saidel Vision Group
PREMIERE MONDIALE

14. MISTER V
de Emilie Deleuze - France - 90 min
avec Mathieu Demy, Laure Atika
Production et ventes internationales: Elia Films
PREMIERE MONDIALE - DEUXIEME OEUVRE

15. ONNA RIHATSUSHI NO KOI (THE HAIRDRESSER)
de Masahiro Kobayashi - Japon - 103 min
avec Kazuki Kitamura, Keiko Oginome, Naoto Takenaka
Production et ventes internationales: Sedic International/ Monkey Town
Productions
PREMIERE MONDIALE

16. ORA O MAI PIÙ
de Lucio Pellegrini - Italie - 96 min
avec Jacopo Bonvicini, Violante Placido, Edoardo Gabriellini, Elio Germano
Production: Fandango
Ventes internationales: Intramovies srl.
PREMIERE MONDIALE

17. THIRTEEN
de Catherine Hardwicke - USA - 100 min
avec Holly Hunter, Evan Rachel Wood, Nikki Reed
Production: Antidote Films
Droits mondiaux: Twentieth Century Fox
PREMIERE INTERNATIONALE - PREMIERE OEUVRE

18. IL VESTITO DA SPOSA
de Fiorella Infascelli - Italie - 105 min
avec Maya Sansa, Andrea Di Stefano, Piera Degli Esposti, Salvatore Lazzaro,
Production et ventes internationales: Palomar
PREMIERE MONDIALE

19. VIOLENCE DES ECHANGES EN MILIEU TEMPERE
de Jean-Marc Moutout - France - 99 min
avec Jérémie Rénier, Laurent Lucas, Cylia Malki
Production: TS Productions
Ventes internationales: Flach Pyramide International
PREMIERE MONDIALE - PREMIERE OEUVRE

20. VOZVRASENIE (THE RETURN)
de Andrey Zvyagintsev - Russie - 105 min
avec Konstantin Lauronenko, Ivan Dobronravov, Vladimir Garin
Production: Renfilm
Ventes internationales: Intercinema Art Agency
PREMIERE MONDIALE-PREMIERE OEUVRE

Vingt films de 17 nationalités différentes dont 8 premiers films. Des œuvres variées,
avec des scénarios hétérogènes et des situations souvent extrêmes. Si l’on devait leur
trouver un point commun, outre le fait qu’ils concourent pour le Pardo, on pourrait
évoquer le thème du «passage».

Passage intense entendu comme transition d’un moment historique à un autre. Passage
entendu comme dépassement d’une culture traditionnelle ou historique. Passage
entendu comme moment d’abandon géographique, comme lorsqu’on quitte un lieu pour
rentrer dans une nouvelle dimension. Ou encore passage d’un âge de la vie à un autre,
avec ce que cela comporte de changements pour cette nouvelle dimension existentielle
qui doit trouver sa voie. Il y a ceux qui resteront immobiles, observant le passage de
ceux qui bougent. Un éventail de thèmes qui nous disent que, même sous des cieux
différents, nous vivons tous plus ou moins un moment de transition, d’instabilité, et de
découvertes nécessaires, et pourtant souvent difficiles.

Nous commencerons notre voyage par la Suisse avec Au Sud des Nuages, de Jean-
François Amiguet. Un groupe de personnes âgées du canton de Vaud doit faire abattre
son bétail pour des raisons de santé. Ainsi commence l’aventure de l’un d’entre eux qui
décide de se rendre en Chine par le Transibérien. Au cours de son périple, il
rencontrera des gens très différents de lui, et finira par se retrouver en Chine dans un
monde pas foncièrement différent du sien…

Le protagoniste de Mister V d’Emilie Deleuze est un cheval – qui donne d’ailleurs son
nom au film : un très bel étalon, si fougueux qu’il tue son maître. Le frère du défunt, un
chercheur passionné par l’analyse du mouvement, attiré par la force sauvage de
l’animal, et qui n’est pas insensible au charme de sa belle-sœur, décide de s’occuper de
lui.

Mathieu Demy, fils de Jacques Demy et d’Agnès Varda, en est l’interprète principal.
Spring, Summer, Fall, Winter and Spring de Kim Ki-Duk nous vient de Corée. C’est
l’histoire d’un moine bouddhiste qui vit dans un temple flottant sur un lac cerné de
montagnes. Sur la rive, un arc semble indiquer au visiteur la route à suivre sur l’eau
pour rejoindre le temple. Malgré l’atmosphère idyllique et l’isolement, le jeune discipline
du moine ne résistera pas à la passion : preuve que la vie d’ascète est difficile tout
comme le sont les changements.

Autre pays, autres religions, autres problèmes avec Khamosh Pani de Sabiha Sumar.
Nous sommes à la fin des années 1970, dans un Pakistan dirigé par le général Zia où
se font jour les premiers signes d’intégrisme islamique. L’héroïne du film est une
survivante des tragédies de la «Partition» de 1947, ouverte et tolérante, qui entretient
des rapports difficiles avec son fils qu’attire chaque jour davantage l’intégrisme
musulman.

Oppositions et contradictions entre ethnies et religions sont également au cœur de la
comédie amère Gori Vatra (Fuse) de Pjer Zalica. Nous sommes en Bosnie
Herzégovine, dans l’immédiat après-guerre. Il n’est pas facile de trouver un équilibre
dans ce monde où amis et voisins se sont battus âprement entre eux. Mais il est vital de
présenter aux yeux du monde un visage uni et ami pour accueillir prochaînement le
président Bill Clinton…

Le Khazakstan est lui aussi en proie à des changements irréversibles. Le pays n’est
plus sous l’aile protectrice de l’économie soviétique, il faut donc chercher de nouvelles
façons de survivre. Ce à quoi s’attèlent Beck et Max, les deux amis du film Maneken Pil
(Little Men) de Nariman Turebayev. Ils vivent d’expédients, en marge de la société, et
se nourrissent d’espérance. L’un rêve du grand amour, l’autre d’acheter un billet pour
l’Allemagne. La chute du régime communiste et la fin de l’État d’assistance est aussi la
cause des problèmes de la Roumaine Maria de Calin Netzer. Ici le tableau est sombre.
Son mari est chômeur, il boit, joue et est violent. Ils vivent dans un taudis obscur avec
leurs huit enfants. La prostitution est la seule perspective qui s’offre à elle. Quand les
choses semblent aller mieux, le destin s’en mêle.

En Italie, la situation sociale semble moins difficile, mais ce n’est pas le cas en privé,
comme le raconte Fiorella Infascelli dans Il Vestito da Sposa. Maya Sansa, plus belle
et plus intense que jamais, joue Stella, qui va bientôt se marier. Mais un événement
d’une horrible violence – elle est violée par quatre inconnus – change sa vie. Stella ne
dépose pas plainte ; elle est en crise avec elle-même, avec sa mère, ses études et son
fiancé. Lorsqu’elle a, semble-t-il, retrouvé un peu de son équilibre et rencontré un
nouvel amour, une révélation et un tour du destin bouleversent à nouveau sa vie…
Les vicissitudes du héros d’Ora o Mai Più de Lucio Pellegrini sont tout aussi
choquantes. Le jeune Davide est étudiant à l’École normale de Pise ; il est amoureux et
fréquente un «centro sociale»… Plein d’enthousiasme et d’idéaux, il part pour le G8 de
Gênes mais se heurte aux violences policières qui l’obligent à mûrir politiquement et
sentimentalement.

Le héros de Violences des Echanges en Milieu Tempéré, de Jean-Marc Moutout,
perd lui aussi son innocence, dans ce film qui parle des dures lois du management qui
régissent notre monde moderne. Les cols blancs ne sont pas habités par les bons
sentiments ; pour survivre dans la jungle des bureaux et faire carrière, il faut souvent
être cruel et exempt de sens moral.

La situation n’est pas meilleure dans Les Marins Perdus de Claire Devers. Leur bateau
a été vendu, l’armateur a disparu et trois marins doivent rester au port, sans pouvoir
s’éloigner, prisonniers d’une situation paradoxale. Une atmosphère de film noir.
Dans Los Guantes Magicos de l’Argentin Martin Rejtman se croisent les histoires de
personnages sympathiques et velléitaires qui attendent le tournant de leur vie… sur le
ton doux amer d’une comédie : les guants du titre devraient résoudre les problèmes de
tous. Hélas ! Achetés en grosse quantité en prévision de l’hiver, ils arriveront à la veille
d’une vague de chaleur... ce qui les rendra pratiquement inutiles.

Encore l’Amérique latine avec Dependencia Sexual de Rodrigo Bellott. Nous sommes
en Bolivie, un pays où la tradition catholique et patriarcale s’oppose aux nouvelles
mœurs sexuelles. L’écran se divise et se multiplie pour raconter les histoires de jeunes
gens d’âge, milieu social et ambition différents, tous à la recherche de leur identité.
C’est aussi le problème de Tracey, la jeune héroïne de Thirteen, de Catherine
Hardwicke. La mère, une distraite affectueuse – la remarquable Holly Hunter –,
l’inévitable désir de s’affranchir de la tutèle familiale et la tempête hormonale qui s’abat
sur cette adolescence de 13 ans poussent Tracey à rechercher l’amitié des filles les
moins recommandables de son école. C’est du livre aux accents autobiographiques de
la jeune actrice Nikki Reed qu’a été tiré ce film inquiétant aux rythmes déchaînés.
Une adolescence difficile pour Frankie, le héros de 16 Years of Alcohol de Richard
Jobson. Depuis son enfance, Frankie supporte un père violent et ivrogne – qui malgré
tout reste pour lui un modèle. Adolescent, il devient le chef d’un petit gang, habité par la
violence et s’adonnant à l’alcool. Il semble trouver la voie du salut grâce à l’amour d’une
fille – mais ça ne dure pas. Sortir de la prison qu’on a construit autour de lui depuis qu’il
est enfant ne sera pas une tâche facile.

La quête de l’amour et les rapports avec l’autre sexe ne sont pas choses aisées. Le
Japonais Masahiro Kobayashi, auteur de Onna Rihatsushi No Koi (The Hairdresser),
le sait bien. Kenji cherche sa femme idéale qui, hélas, est mariée. Il l’enlève20de son
salon de coiffure et l’emmène chez lui. D’abord terrorisée, puis séduite par la gentillesse
de son ravisseur, la jeune femme répond peu à peu à ses attentions. Mais l’attendent
bien des surprises tragiques.

Voilà un bien étrange parcours sentimental que celui de la jeune veuve de Chokher
Bali de Rituparno Ghosh, tiré du roman du prix Novel Rabindranath Tagore. Nous
sommes en Inde, au début du XXe siècle, et Binodini, jouée par la très belle Aishwarya
Rai, que l’on avait vue dans Devdas, est prête à briser les règles de la tradition pour
acquérir son indépendance et trouver son propre chemin dans la vie. Un parcours qui
peut être lu comme une métaphore du processus de rébellion qui porta son pays à
l’indépendance.

Les deux gardiens de la mine de Danehaye Rize Barf (Tiny Snowflakes) de l’Iranien
Ali Reza Amini – dont un autre film concourt dans la section «Cinéastes du Présent» –
ne semblent pas avoir le même esprit d’initiative. Isolés du reste du monde, au sommet
d’une montagne, ils ne sont ébranlés que par l’arrivée d’un petit chien et par l’image
entrevue au loin d’une femme inconnue qui déclanche d’improbables passions. Il ne leur
reste qu’à chercher le plaisir dans les petites choses de la vie.
C’est, en revanche, un bien joli cadeau que reçoit Manu, la seule survivante d’un
accident d’avion, dans Böse Zellen (Free Radicals) de l’Autrichienne Barbara Albert.
La vie lui sourit, elle est marié, a une petite fille et un travail. Mais le destin est
extravagant et ses desseins sont impénétrables. C’est la loi du hasard qui domine,
incarnée visuellement par des images de chaos à l’esthétique fascinante.