Andy Lau, star à plein temps
Star du cinéma de Hong-Kong, Andy Lau était à Berlin en
février dernier pour présenter Full Time Killer de Johnny
To (The Mission), avec lequel l'acteur atourné plusieurs films.
Connu des cinéphlies européens pour ses rôles dans les premiers
films de Wong Kar-wai As Tears Go By et Nos Années Sauvages,
Andy est aussi un producteur exigeant qui finance aussi bien de grosses productions
que des films indépendants comme ceux de Fruit Chan. Cet entretien est
publié à l'occasion de la sortie de Full Time Killer
en salle le 4 décembre.
En 1997, vous avez décidé de devenir producteur et financé
Made in Honk Kong de Fruit Chan. Pourquoi?
Il y a des films de toutes natures à Honk Kong. Certains sont commerciaux,
d'autres plus auteurisants. Je suis devenu producteur pour essayer de créer
un équilibre entre ces deux orientations. Je pense que Fruit Chan est
un réalisateur intéressant parce qu'il parvient justement à
donner un attrait purement commercial à des sujets artistiques et personnels.
Je suis devenu producteur pour travailler avec des personnes comme lui et bousculer
un peu les choses dans le cinéma honk kongais.
Quels souvenirs gardez-vous de vos débuts avec Wong Kar Wai? Il me
semble qu'il n'aimait pas trop le style "acteur de soap opéra télé"
et qu'il avait des méthodes très particulières avec ses
acteurs...
Oui, mais la plupart de ses acteurs - ceux de la génération de
Maggie Cheung, Tony Leung - venaient justement de la télévision!
Wong Kar Wai est un réalisateur très intense, très personnel,
et je crois qu'en général il n'aime pas, il ne veut pas que les
acteurs montrent leur vrai visage, leur vraie personnalité à l'écran.
Il veut qu'ils suivent ses directives, il veut les emmener dans son propre monde.
Il est très exigeant, il nous faisait beaucoup tourner, mais le résultat
était extraordinaire.
Avez-vous été attristé par l'échec commercial
de Nos Années Sauvages?
Le film a bien marché auprès de la critique, mais pas du public.
Mais moi, c'est justement pour ce genre de films uniques que je suis devenu
producteur. Je crois que le public s'est malheureusement senti très éloigné
de l'histoire. Si vous me demandez si j'aime le film, je vous dirai: "Oui,
je l'adore!" (Sourire), mais si vous demandez à ma mère,
par exemple (il baisse la tête avec une grimace de réprobation),
elle vous dira: "Mais quelle est au juste l'histoire de ce film?!"
(Rires) Mais moi, j'ai adoré faire ce film, vraiment.
Parlons maintenant de Johnnie To, avec qui vous avez fait plusieurs films
et venez de produire Full Time Killer...
Je connais Johnnie To depuis l'époque de mes débuts à
TVB. Je me souviens que le premier film que j'ai tourné avec lui était
le mélodrame A Moment of Romance III. C'est un réalisateur
très talentueux qui sait manier, mélanger des éléments
commerciaux et artistiques dans ses films. Il l'a prouvé avec des films
comme The Longest Nite. Quand il s'est agi de faire Full Time Killer,
nous nous sommes réunis et nous nous sommes sérieusement demandés,
Johnnie To, Wai Ka Fai et moi-même: "Pourquoi faire encore un film
de tueurs? Est-ce que ça en vaut bien la peine? D'accord, il y a beaucoup
d'endroits différents dans l'histoire, beaucoup d'action - le tournage
a d'ailleurs été assez fatigant, entre plusieurs pays - mais quelle
est vraiment l'utilité de faire encore un film de tueurs dans le cinéma
honk kongais?" Mais la réponse est qu'il nous a paru très
intéressant que mon personnage, Tok, soit un fan de films de genre et
se comporte en véritable showman pour effectuer ses contrats. Nous avons
donc tourné les scènes de fusillades comme de véritables
shows mis en scène par le personnage, et pendant le tournage, pour renforcer
cette impression, nous mettions de la musique sur le plateau. Tout se passait
donc en rythme, sur le tempo de morceaux de musique! (Rires)
Vous avez aussi du apprendre à parler le japonais pour votre rôle...
Oh, mon Dieu! (Rires) Quel cauchemar! Je ne parlais pas un mot de japonais
avant ce film. J'ai du passer deux mois au Japon pour apprendre les fondements
de la langue. Mais ça va, ça fonctionne plutôt bien à
l'écran.
Vous vous souvenez de quelques phrases de japonais?
Oui. "Kinyobi eiga ni iko?" Ca signifie "Vous voulez aller au
cinéma avec moi vendredi?"
Volontiers...
(Rires) Merci.
Petit entretien réalisé au festival de Berlin par
Robin Gatto & Yannis Polinacci.