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Published by Editor
Oct 29, 2001
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Ylljet Aliçka, scénariste de Slogans

Jamais avare de plaisanteries et d'anecdotes sur sa vie en Albanie à l'époque des slogans, Ylljet Aliçka est devenu, sur l'insistance d'éditeurs littéraires français, écrivain puis scénariste du film. C'est sur un ton facétieux qu'il nous raconte toute la génèse de ce projet très autobiographique...

Comment êtes-vous devenu écrivain, puis scénariste de ce film?

J'ai commencé à écrire il y a 3 ou 4 ans. Je n'avais jamais touché à la littérature auparavant. Cela s'est produit totalement par hasard - d'ailleurs mes amis me taquinent beaucoup sur le fait que je suis devenu un "nouveau jeune talent" en dépit de mon âge déjà mûr! (rires) Donc, il y a trois ans et demi, j'étais à un dîner avec un éditeur français, racontant des histoires et des anecdotes amusantes sur ma vie... Car je raconte toujours ma vie et ces histoires de slogans - ce sont des souvenirs personnels. Nous avons beaucoup ri, bien bu, et le lendemain, ô surprise, le rédacteur me demande si je pourrais écrire l'histoire que je lui ai racontée le soir précédent, pour la publier. Comme j'étais vraiment très tenté par l'expérience de l'écriture, j'ai écrit cette histoire et finalement, il l'a publiée. Et puis il m'a demandé d'écrire d'autres histoires... Je lui ai d'abord dit que je n'en avais pas, mais il a insisté. Alors, j'ai continué, jusqu'au jour où un éditeur de Montpellier m'a proposé de constituer un livre à partir de toutes mes nouvelles. Par la suite, un producteur français a lu ce livre et m'a invité à écrire le scénario d'une adaptation cinématographique. Et j'ai écrit le scénario, qui a ensuite été accepté par le Fond Sud du CNC, et financé... Il ne restait donc plus qu'à trouver le réalisateur... Voilà donc comment le livre puis le film sont venus au monde...

Quelles difficultés avez-vous rencontrées en écrivant le scénario du film à partir de votre recueil de nouvelles?

Eh bien, vous savez, peut-être que le fait même que je n'avais aucune expérience du cinéma m'a permis d'être original et d'échapper à certains clichés narratifs. Il n'y a pas une grande différence entre le livre et le film... En fait, j'ai toujours aimé le cinéma, j'ai mes films et mes auteurs préférés, alors on peut dire que j'avais d'une certaine manière été formé au cinéma avant d'écrire ce scénario. Il n'est jamais facile d'expliquer le processus créatif, mais je crois que cela a beaucoup à voir avec la vie et votre propre expérience artistique - lire des livres et regarder des films apporte donc suffisamment d'inspiration à cet égard...

Si je ne m'abuse, le personnage du professeur, André, c'est vous-même...

Oui, c'est moi. Je suis un expert en slogans. J'ai préparé des slogans de pierres pendant 10 ans... Un fois mes études de psychologie et de sciences terminées, j'ai été nommé professeur dans un petit village, comme dans Slogans... Une fois familiarisé avec mon travail au village, je me suis aperçue que les gens négligeaient complètement le contenu des slogans. Ils étaient plus intéressés par le nombre de lettres qui les composaient. Parce que c'était un travail très physique, très fatiguant, très important aussi pour être bien vu de l'administration, du parti... J'ai ensuire découvert que le directeur de l'école, voulant faire l'amour avec une belle professeur, donnait à cette dernière des slogans prestigieux et courts et à moi-même et aux autres des slogans plus longs et fastidieux. Mais après 6 mois, tout à coup, il a commencé à lui donner des slogans kilométriques! Il est devenu clair pour nous qu'il n'avait pas réussi à séduire la belle professeur! (rires) Comme je le disais, l'aspect politique de ces slogans n'était pas beaucoup pris en considération par ceux qui les faisaient. Parce qu'ils représentaient vraiment un travail difficile. Premièrement, il fallait nettoyer les versants des collines. Ensuite, il fallait réunir le nombre de pierres requis, les blanchir à la chaux, les aligner... Et dès que la pluie tombait, ou que des animaux passaient sur les pierres, il fallait à nouveau les blanchir ou les remettre en place... De fait chacun espérait pouvoir faire les slogans le plus près possible de chez lui!

Quelles motivations profondes ces slogans dissimulaient-ils?

Sur le plan pratique, chaque village était chargé de faire faire 50 slogans de pierres. C'était de la pure propagande. Ces slogans contenaient toute l'idéologie du parti. "Longue Vie au Marxisme-Léninisme", "Longue Vie A La Dictature Prolétarienne"... Le but premier de ces slogans était donc de bombarder les gens avec de la propagande. Le même principe que Coca Cola, mais avec des méthodes différentes! Pour moi, la préparation de ces slogans n'avait rien d'étonnant ou d'exceptionnel. Etant né dans ce pays, ayant grandi dans cet environnement idéologique, tout ça me paraissait normal. Ce qui m'a davantage surpris, c'est de voir des collines dénudées quand je suis venu en France! (rires)

L'histoire d'amour entre André, le professeur, et Diana, la belle professeur française, est-elle aussi autobiographique?

Ma femme vous le confirmera: tout dans le film est autobiographique... sauf l'histoire d'amour! (rires) Sinon, quasiment tout dans le film est autobiographique.

Que pensez-vous du film aujourd'hui?

C'est un bon film. J'ai parlé plusieurs fois avec le réalisateur. Pas des aspects artistiques ou professionnels, mais de mes sentiments. Il me semblait important de lui faire part de mon expérience personnelle - pas de choses professionnelles. Il était important pour moi que le film puisse retranscrire les émotions et la vie quotidienne de cette époque...

Entretien réalisé à Cannes par Robin Gatto