Ecran Total à Arenberg
Ecran Total, Arenberg, Brussels, Belgium ECRAN TOTAL - du 25 juin au 9 septembre
"Je déteste la cinéphilie", avouait Maurice Pialat, qui n'était pas du genre à pratiquer la langue de bois... La cinéphilie – cette vieille habitude héritée de la Nouvelle Vague – serait-elle aujourd'hui devenue un gros mot, le lot de quelques mousquetaires séniles qui pratiquent encore l'art du magnétoscope ? Peut-on décemment, en 2008, organiser l'énième édition d'un festival de films qui ne soient pas téléchargeables sur le net, dont il n'existe aucune parodie sur YouTube ? Et cette Delphine Seyrig, là, elle joue pas dans la douzième saison de "Desperate Housewives" ? Devant tant de questions a priori existentielles, l'amateur d'Erice, de Jacques Rozier, de Fellini,... reste coi. Quoi ? L'Ecran Total, tiens, une belle histoire d'amoureux qui vont à l'Arenberg pour voir des classiques, des inédits, des reprises – de très bons films, comme d'habitude. Pendant plus de deux mois, c'est donc la fête au cinéma dans la galerie de la Reine. Deux salles, une soixantaine de chefs-d’œuvre connus ou pas, certains en copie neuve, d'autres exclusifs, pour les petits, les grands, en japonais, en italien, avec ou sans accent, et aucune trace de Jean-Luc Godard (ben et alors ?). On imagine certains rebaptiser l'événement pour surfer sur la vague : "Bienvenue à l'Ecran Total, chez les cht’inéphiles". Feu Maurice, qui savait filmer le Nord mieux que personne, aurait sans doute bien rigolé. Ca tombe bien, hein ! Il est là lui aussi, dans un documentaire magnifique, présenté l'année dernière à Cannes. Parmi Truffaut (sa tête de turc préférée), Ken Loach (le superbe "Kes"), Chantal Akerman ("Jeanne Dielman"), Serge Bozon ("La France"), William Friedkin ("Cruising") ou encore James Gray ("We Own the Night"). Trois cycles sont programmés cette année, autour de la figure énigmatique de Delphine Seyrig, du buriné Pacino et de la Nouvelle Vague japonaise (Oshima-Yoshida-Imamura). A ne pas rater non plus: "Useless" de Jia Zhang Ke, "En avant jeunesse" de Pedro Costa et "Secret sunshine" de Lee Chang-Dong... Huit films par jour, une cartographie essentielle du cinéma d'hier, d'aujourd'hui et de demain: c'est ça l'Ecran Total, et ça reste un énorme plaisir.