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Published by Editor
Oct 08, 2001
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Sharon Maguire : une célibattante derrière la caméra

Documentariste réputée, Sharon Maguire est en passe de devenir la réalisatrice du plus gros succès anglais de l'année, Le Journal de Bridget Jones, l'adaptation du bestseller d'Helen Fielding. Sachant que la réalisatrice est une amie de l'écrivain et qu'elle lui a même inspiré le personnage de Shazza, l'amie féministe de Bridget Jones, nous nous sommes permis de poser des questions d'ordre assez personnel à Sharon Maguire. Ses réponses devraient en étonner plus d'un...

Bridget Jones est un véritable phénomène féminin en Angleterre. Mais avez-vous entendu parler du phénomène français qu'est en ce moment Amélie Poulain?

Oui, j'en ai entendu parler! (sourire) Je n'ai pas encore vu le film, mais il a l'air fantastique! J'en ai vu quelques extraits. C'est un film qui a tout l'air d'un coup cinématographique génial. L'image a l'air très excitante. Le réalisateur a toujours fait des films très inventifs. Et la jeune actrice est un véritable ravissement pour les yeux. C'est donc un film que je suis assez impatiente de voir!

A propos de Bridget Jones, vous aviez déclaré: "Je connais Bridget Jones. C'est mon monde". Pouvez-vous expliquer cela?

Quand Helen Fielding, une amie à moi, a entrepris d'écrire Bridget Jones sous la forme d'une colonne dans le journal The Independent, elle décrivait en fait notre monde. A l'époque, nous étions toutes des célibataires frisant la trentaine, qui s'amusaient beaucoup dans le milieu mondain mais qui, en même temps, se demandaient s'il n'était pas temps de trouver enfin chaussure à leur pied et de se caser. Et Helen a pris ce monde qui m'était donc très familier et l'a décrit avec beaucoup d'humour.

Il semble que vous lui ayiez même inspiré le personnage de Shazza, une des amies de Bridget Jones...

Il paraît... (sourire) Shazza est une féministe mal embouchée et souvent ivre! (rires) Apparemment, Helen a pris un peu de moi, mais ce personnage est aussi un amalgame de plusieur personnes qu'Helen connaissait, enrichi par sa propre imagination!

Imaginons que Bridget Jones en personne vienne vous voir pour vous demander des conseils sur sa vie affective. Lui donneriez-vous les mêmes conseils que Shazza lui donne dans le film?

Les conseils qu'elle lui donne sont à l'évidence très mauvais! (rires) Mais c'est comme ça les amies, vous savez, nous sommes toutes capables de dispenser de très mauvais conseils amoureux, car après tout, nous n'avons pas non plus été très gâtées par nos vies amoureuses! Donc oui, je donnerais probablement de très mauvais conseils à Bridget Jones...

Il paraît qu'avant le tournage, vous avez demandé à Renee Zellweger, Hugh Grant et Colin Firth d'écrire leurs propres journaux intimes en incarnant leurs personnages respectifs. Pouvez-vous nous révéler ce qu'ils ont écrit?

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'étaient pas très enthousiasmés par cette idée, surtout Hugh! Cependant, Hugh a produit 4 pages parfaitement dactylographiées, qui racontaient sa vie de séducteur et de "parfait crétin"! Ce qui correspond bien au personnage, un personnage drôle mais très confus, qui ne sait pas dans quelle direction mener sa vie, mais qui a décidé d'être aussi hédoniste que possible! Dans son journal, Colin, en revanche, faisait état de toutes ses émotions refoulées. Hugh parlait beaucoup de sexe, Colin, des droits de l'homme! Mais on devinait en substrat toutes les titillations érotiques du personnage. Quant au journal de Renee, il prenait le contrepied de celui de Bridget Jones, puisqu'il faisait état de ses efforts pour prendre du poids afin de se préparer pour son rôle! C'était donc une liste très détaillée de ses prises de poids, du nombre de grammes pris, de tout ce qu'elle mangeait... Du style: "A 10 heures du matin, j'ai mangé 4 beignets fourrés. A trois heures de l'après midi, j'ai mangé 3 pizzas et bu une pinte de Guinness..." C'était vraiment le journal de Bridget à l'envers!

A propos de la scène de bagarre entre Hugh et Colin dans le restaurant grec, il semble que les deux gaillards n'aient pas voulu la jouer de manière aussi "héroïque" que prévu...

Cette scène devait effectivement au départ être jouée de manière assez "héroïque". Hugh et Colin avaient donc un instructeur, un chorégraphe de combats qui leur apprenait à délivrer des coups de poing très "martiaux". Tant et si bien que Hugh et Colin ont fini par dire: "Assez, assez! Ce n'est pas comme ça qu'on se battrait si on en venait aux mains! On se battrait probablement comme des filles, en se donnant des coups de pied, en se tirant les cheveux!" Et finalement, quand ils se battaient de cette façon, c'était beaucoup plus drôle que la façon "héroïque"! Seulement, tout le monde n'était pas prévenu qu'ils se battraient comme ça, si bien que le jour du tournage, certains ont été plutôt surpris et inquiets du comportement de Hugh et Colin! (rires)

Finalement, avec un petit peu de recul, que vous a apporté le tournage de ce film? Vous a t-il permis de trouver les réponses aux questions que Bridget Jones se pose sur sa vie de femme?

Des fois, je me dis que j'ai été choisie pour faire ce film parce que j'étais tout simplement une célibataire qui se se morfondait dans son appartement, avec ses grands pantalons bouffants, et un peu trop portée sur la boisson! Je ne saurais dire si ce film m'a donné les solutions pour ne plus être comme ça! Oui et non. Je pense que le succès du livre et du film est en lui-même une réponse aux questions que se posent les femmes. On sait par les instituts de sondages et de statistiques qu'il y a aujourd'hui plus de célibataires trentenaires qu'avant, mais aussi que davantage souhaitent conserver leur mode de vie. Je pense donc qu'on peut mieux supporter son célibat si on considère que c'est un phénomène international et pas seulement une malédiction personnelle! (rires)

Entretien réalisé par Robin Gatto et Yannis Polinacci au 12ième Festival de Dinard