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Published by Lumiere Festival
Oct 19, 2015
FESTIVAL LUMIERE 2015 - October 12 to 18, 2015 Joining the ranks of Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach and Quentin Tarantino, it is Spanish filmmaker Pedro Almodóvar who will receive...

Scorsese dans les pas des frères Lumière

 Il a toussé avant d’empoigner le mégaphone, a relevé son col pour se protéger du froid vif d’octobre, et a lancé « Action! ». Martin Scorsese est à Lyon, et il a posé sa caméra à l’endroit même où a été tourné le premier film de l’histoire du cinéma, la Sortie des usines Lumière, en 1895.

C’est désormais un rituel : après Pedro Almodóvar l’an dernier et Quentin Tarantino en 2013, il est le troisième Prix Lumière à se prêter à l’exercice. Il a droit à trois prises, et prend manifestement les choses au sérieux. « Avons-nous des bicyclettes? Il nous faut une collision de bicyclettes. Et des chiens ? Le plus important, ce sont les chiens », lance le cinéaste. Car dans le film originel tourné par les frères Lumière, un cycliste, un cabot et même une voiture à cheval jaillissent du flot d’ouvrières sortant des usines de plaques photographiques. « On avait une armée de chiens mais ils se sont battus et il n’en reste qu’un », lui répond Thierry Frémaux. « Je fais ce cauchemar au moins une fois par semaine: je dois filmer une scène et je n’ai pas la moindre idée de la manière dont je vais la tourner !», plaisante Scorsese. Il vérifie le cadre une dernière fois, avec l’aide du chef opérateur Pierre-William Glenn, et lance la prise, pour le plus grand plaisir des nombreuses personnes massées derrière les grilles. Les deux cyclistes, Michèle Laroque et Emma de Caunes règlent la « cascade » du film: la collision des vélos au beau milieu de la foule. C’est le moment d’y aller. Une foule de personnalités s’élance dans un joyeux désordre, on distingue le compositeur Alexandre Desplat, les actrices Bérénice Béjo, Léa Drucker, Marina Foïs, les réalisateurs iranien Abbas Kiarostami, les Argentins Gaspar Noé et Pablo Trapero, le Français Michel Hazanavicius ou encore les comédiens Max von Sydow, Pierre Richard, Richard Anconina, Vincent Pérez, Tahar Rahim, Raphaël Personnaz… certains se tiennent la main, d’autres s’embrassent avant de se quitter, l’un allume une cigarette, l’autre lit le quotidien Lumière, histoire de marquer son passage. La femme du cinéaste, Helen Scorsese et sa fille Francesca, se prêtent elles aussi au jeu. Au bout de deux prises, les comédiens se lâchent et improvisent davantage. Pierre Richard fait revivre le Grand blond, son personnage de gaffeur compulsif, en se battant avec son manteau, tandis que Michel Hazanavicius s’approche et lance, sans complexe, un long regard caméra, l’air perplexe. Quant au cinéaste et comédien palestinien Elia Suleiman, il fait inopinément demi-tour et s’engouffre dans le Hangar, avec un empressement comique. « Vous êtes comme une bande de gamins qui s’amuse! » leur lance Scorsese, qui les félicite : « Une fois encore, les acteurs ont sauvé la prise ». Mais une surprise l’attend encore, quelques dizaines de mètres plus loin : une plaque à son nom vient d’être posée sur le Mur des cinéastes. Il s’approche, l’air ému, monte sur un escabeau et retire le velours rouge : son nom s’étale désormais, au côté de ceux de Clint Eastwood, Quentin Tarantino, Pedro Almodóvar, Wong Kar-Wai et Milos Forman. Le sien vient en tout premier, en signe d’hommage à ce cinéphile passionné, qui œuvre à la préservation du patrimoine cinématographique dep