Walken the wild side
Prévu à la dernière minute, l’hommage à Christopher Walken est pourtant un événement de taille. L’acteur mythique de la Porte du Paradis et de Dead Zone est en effet une personnalité rare qui se prête rarement au jeu de la promotion et qui surtout n’aime pas beaucoup voyager. Sa présence à Deauville n'en est donc que plus précieuse. « Je n’ai pas d’enfants, je n’aime pas les voyages, la seule chose qui occupe ma vie, c’est mon métier d’acteur. » a-t-il déclaré devant un parterre de journalistes qui avait peine à croire que les personnages tourmentés et fantomatiques interprétés par l’acteur au teint pâle n’avait rien en commun avec sa vie réelle. « Je n’ai jamais joué aucun personnage me ressemblant. L’image qui me correspondrait le mieux en fait, serait celle d’un Américain moyen avec sa pipe, son chien aux pieds du fauteuil et son gosse lui demandant : « dis, papa, comment on fait cela ? » »
Pourtant voici plus de vingt ans que Walken hante nos rêves cinématographiques avec son visage cristallin et des yeux bleus vifs ayant la faculté incroyable de nous plonger dans les tourments de l’âme humaine. Cronenberg, Ferrara, Cimino et Burton l’ont tour à tour dirigé dans quelques uns de leurs meilleurs films, des chefs d’œuvre où ses prestations sont à chaque fois bouleversantes. Acteur caméléon aussi à l’aise dans la danse (voir son dernier clip pour Fat Boy Slim), qu’au théâtre (il a récemment joué La Mouette de Tchekov avec Meryl Streep à New York), Walken oscille entre le cinéma indépendant qui lui a offert ses meilleurs rôles et le cinéma des studios qui trouvent en lui le parfait méchant de l’histoire. « Je préfère tourner avec les indépendants, les équipes sont plus réduites et le tournage, à cause de la modestie des moyens, dure moins longtemps, quatre à cinq semaines tout au plus. Les films de studio, cela dure des mois. Pour Dangereusement Vôtre (un James Bond où il incarnait une fois de plus le « bad guy », ndlr), il y avait beaucoup de décors, d’effets spéciaux. Le tournage a duré cinq mois. Moi, je préfère que cela ne dépasse pas cinq semaines. »
L’un des personnages les plus marquants de Christopher Walken fut justement le rôle de Frank White dans King of New York de Ferrara. Alors que le cinéaste new yorkais confiait à Cannes cette année qu’il s’attelait au prequel (décidément très à la mode) du film avec un acteur plus jeune pour reprendre le rôle principal, Walken a déclaré ne rien savoir de ce projet. « Abel est un ami, mais il ne m’a jamais parlé de cela. J’ai fait quatre films avec lui, c’est le seul réalisateur avec lequel j’ai autant tourné. Quand on travaille aussi souvent avec les gens, on finit par bien les connaître. En plus Abel aime s’entourer toujours de la même équipe. » « Pour The Opportunist (le film de Myles Connel présenté lors de l’hommage), comme sur King of New York, on tournait dans le quartier de mon enfance, dans le Queens. Chaque jour je passais devant l’hôpital où je suis né et je pouvais passer voir ma mère de temps en temps. »
Auréolé d’un Oscar du meilleur second rôle en 1979 pour Voyage au bout de l’Enfer et souvent récompensé au théâtre, Christopher, de vrai nom Ronald, Walken n’a jamais vraiment reçu les récompenses qu’il mérite, tout comme il reste relativement méconnu du grand public, même si ce dernier a souvent pu voir son visage livide dans quelques grand succès. Ce teint lunaire fait d’ailleurs partie du personnage et l’apparente à un vampire romantique. Mais là encore, quand on lui en demande le secret, la réponse est simple : « je déteste le soleil, je ne comprends pas pourquoi les gens restent au soleil des heures. Moi, dès qu’il y a un rayon, je cours me réfugier à l’ombre. » Une réponse triviale qui pourrait avoir valeur de métaphore pour cet artiste discret qui s’accommode mal des sunlights du star system.
Yannis Polinacci