Venise en pleine tourmente politique
L’ouverture de la Mostra de Venise a été dominée hier par des questions de politique. Deux événements ont marqué la soirée, éclipsant un peu la présentation du film Dust et la cérémonie.
Le premier fut l’absence du Ministre italien de la Culture, Giuliano Urbani, qui a décidé de ne pas se rendre à l’ouverture contrairement à ce que veut l’usage.
Le second fut la riposte du Président de l’Italie en personne a annoncé sa venue à la cérémonie de clôture le 8 septembre.
Derrière ces nouvelles se cache une véritable bataille politique dont l’enjeu n’est rien moins que l’avenir de la Mostra et du cinéma italien dans son ensemble. Ministre, comme on ne le sait que trop bien, de Silvio Berlusconi, M. Urbani ne semble aimer ni le festival, ni le cinéma italien en général qui, selon lui, serait aux mains des communistes, comme il l’a déclaré cette semaine. Sous l’influence sans doute de son Premier Ministre, M.Urbani a annoncé qu’il avait l’intention de remplacer tous les chefs de la télévision et du cinéma italien par de « meilleurs dirigeants». Cela sent donc l’épuration pour les organisations concernées, c’est-à-dire la télévision publique italienne RAI (rappelons que la tv privée est déjà aux mains de Berlusconi), la Holding de Cinecittà et bien sûr le Festival de Venise.
Par sa visite au Festival à la soirée de clôture, le Président de l’Italie, M. Ciampi veut s’opposer à la tentative de main mise de Berlusconi sur le monde des media (monde qu’il contrôle déjà largement). Mais sa prise de position sera-t-elle suffisante ? Le Président en Italie ne possède pas les mêmes pouvoirs qu’en France et quand on sait qu’en ce qui concerne le Festival, les contrats du Président Paolo Baratta et du Directeur Alberto Barbera prennent fin respectivement en avril et octobre 2002, on peut nourrir les craintes les plus vives.
Mais les cinéastes sont prêts à se battre. D’ores et déjà, le Festival a annoncé qu’il ajoutait un autre film à son programme : il s’agit d’un documentaire sur les événements qui ont entourés le G8 de Gènes réalisé par des cinéastes confirmés (Francesco Maselli, Ettore Scola) et des jeunes réalisateurs intitulé Un altro mondo possibile (Un autre monde est possible). Le film, toujours en cours de montage, consiste en une compilation de plusieurs heures de matériel tournées pendant l’événement (dont une sélection a déjà été montrée à Locarno) et sera projeté dimanche avant un débat.
Les cinéastes italiens sont donc prêts à mener leur guerre, avec le soutien de la Mostra. L’année où la Présidence est attribuée à Nanni Moretti (qui a toujours combattu Berlusconi, notamment dans Aprile), tout cela semblerait presque normal. Mais il n’en reste pas moins que la tension est palpable sur le Lido.
Klaus Eder
Traduction : Yannis Polinacci