Alekan rejoint ses anges
C'est une figure marquante du cinéma français, l'un de ses artisans
les plus précieux qui nous a quitté le 15 juin dernier. Henri
Alekan était l'un des plus grands chefs opérateur du monde. Né
en 1909, il commence sa carrière sous l'égide de Georges Périnal,
Michel Kelber et Eugen Shuftman, qui avait travaillé avec les cinéastes
expressionistes allemands et qui l'influencera beaucoup. En 1937, il participe
à l'oeuvre collective de propagande communiste de Jean Renoir La Vie
est à nous et c'est à cette époque qu'il collabore
avec Henri Langlois, Georges Franju, Germaine Dullac et Simone Debreuil à
la création de la Cinémathèque Française et la Commission
Technique Supérieure (qui s'appelaient alors respectivement l'Académie
du Film et le Cercle Technique).
Il commence sa carrière en 1941 avec le film d'Yves Allégret
Tobie est un Ange, mais c'est en 1945 qu'il s'impose avec La Bataille
du Rail de René Clément et surtout La Belle et la Bête
de Jean Cocteau où son sens de l'onirisme fait proprement merveille.
Enchaînant ensuite les tournages avec quelques grands noms du cinéma
français de l'époque (Julien Duvivier sur Anna Karénine,
Abel Gance sur La Vénus Aveugle et Austerlitz ou Marcel
Carné sur La Mairie du Port et Juliette et la Clé
des songes), Alekan collabore aussi avec des cinéastes hollywoodiens
comme William Wyler (Vacances à Rome), Charlie Chaplin (Un
Roi à New York), Joseph Losey (Figures in a landscape et plus
tard La Truite) Terence Young (Mayerling), Jules Dassin (Topkapi)
ou Blake Edwards (Darling Lili).
Laissé un peu de côté dans les années 70, il est
redécouvert par une génération de jeunes cinéastes
dont Wim Wenders qui relancera sa carrière avec L'Etat des Choses
et surtout en 1987 avec Les Ailes du désir. Alekan collabore alors
avec différents cinéastes internationaux comme Raoul Ruiz (Le
Territoire, Le Toît de la Baleine) ou Amos Gitaï (Berlin Jerusalem,
la série des Golem).