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Published by Editor
Mar 26, 2001
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Les Rêves Liquides de Kim Ki-duk

Entretien avec
Kim Ki-duk, réalisateur de L'Ile, Corbeau d'or du Festival du
Film Fantastique de Bruxelles

Dès le premier
abord, avec son look éternel de militaire casquetté, on devine
sans peine que Kim Ki-duk, le réalisateur le plus visuel de Corée
du Sud, est un homme de peu de mots. Et comme prévu, pendant l'entretien,
ses réponses sont brèves et plutôt péremptoires.
Mais, heureusement, suffisamment intéressantes pour nous donner quelques
images fortes de la société Coréenne et du merveilleux
film aquatique de ce réalisateur hors-norme, L'Ile
idéalement récompensé à Venise (la plus aquatique
des cités festivalières) et à Bruxelles,
où il vient de remporter le Corbeau d'Or...

Quelle est la
toute première image qui vous est venue à l'esprit avant de réaliser
L'Ile?

La toute première
image a été une image d'eau, de flottement dans l'eau. Pour moi,
c'est un peu une métaphore de la façon dont nous vivons.

Trouvez vous
de l'inspiration dans vos rêves quand vous faites un film?

Oui, j'ai toujours
un petit carnet avec moi dans lequel je note les images, les visions que j'ai
eues en rêvant. Les rêves m'aident beaucoup quand il s'agit de faire
des films. Je trouve aussi des images très intéressantes simplement
en regardant les gens vivre.

Avez-vous d'autres
influences comme la peinture, la photographie, d'autres films?

Surtout la peinture,
parce que j'ai étudié la peinture deux ans à Montpellier
et je peins depuis maintenant dix ans. Ca m'aide aussi beaucoup pour faire des
films.

Qu'avez vous
appris à Montpellier? Avez vous vu des films français?

J'ai passé
ces deux ans réfléchir sur moi-même et à beaucoup
de choses. J'avais l'habitude d'aller au bord de la mer, juste pour réfléchir.
Je n'ai pas vu beaucoup de films, en fait.

Min Kyu-dong,
le réalisateur de Memento Mori, nous confiait que la société
Coréenne est très fermée, et qu'il est parfois très
utile d'en sortir pour aller se ressourcer, trouver des idées différentes.
Est-ce ce que vous avez fait en partant à Montpellier?

Au début,
j'ai pensé comme ça, oui. Mais maintenant, je pense que c'est
une erreur et irresponsable de faire ça. Il ne faut pas quitter la Corée
juste pour partir. Il faut partir à l'étranger si on a vraiment
une bonne raison de le faire.

Est-ce que le
cinéma n'est pas aussi de temps à autre une forme de fuite?

C'est vrai que
le cinéma permet de fuir le monde présent. Mais pour moi, c'est
aussi important de montrer des choses de la société, des sentiments,
à travers des fables. Les films me permettent d'extraire à la
surface des choses enfouies et mystérieuses.

Puisqu'on parle
de "surface", cela nous ramène à l'eau et à L'Ile.
Comment la première image que vous avez eue s'est-elle acheminée
vers un scénario complet?

Vous savez, l'image
de l'eau est vraiment très importante pour moi. J'ai fait quatre films
jusqu'à aujourd'hui, et ils contiennent tous des éléments
aquatiques. Pour moi, tout commence et s'achève avec l'eau.

Confrontés
à l'eau, les personnages du film s'abandonnent à leurs instincts,
à leurs désirs. Vous vouliez montrer toute la panoplie des désirs
et des pulsions en y associant l'élément aquatique?

Je considère
que les troubles, les bagarres et les désirs contradictoires dépeints
dans le film sont en quelque sorte le terreau sur lequel la société
se développe et prospère.

La gardienne
du lac est sorte de femme reptile au début du film, puis elle s'humanise
à mesure qu'elle tombe amoureuse du policier...

Dès le moment
où il lui donne le jouet qu'il a fabriqué, elle pense qu'il a
de l'affection pour lui, et elle le considère comme son petit ami. Mais
en vain.

Pourquoi y a
t-il si peu de dialogues entre ces deux personnages?

Je n'ai pas recouru
aux dialogues, parce que je pense que les mots n'expriment pas toujours les
vrais sentiments qu'on a, les mots peuvent mentir. Le personnage féminin
a beaucoup de blessures dans le coeur, beaucoup de choses qu'elle n'arrive pas
à exprimer, et je pense qu'il n'aurait pas été très
approprié de les faire passer dans des dialogues.

Est ce que l'aspect
très visuel du film a posé des problèmes aux acteurs?

Eh bien, c'était
à la fois plus facile et plus difficile pour eux... Mais en général,
quand je leur expliquais bien le personnage et les scènes, il n'y avait
pas trop de problèmes.

Votre film est
un peu une version aquatique de La Femme des Sables de Hiroshi Teshigahara...

Désolé,
mais je ne connais pas ce film.

Comment avez-vous
trouvé le lac où a été tourné le film?

Il y a plusieurs
endroits comme ça en Corée, mais celui ci a été
reproduit spécialement pour le film. C'est un endroit où personne
ne vient jamais, ce qui était très pratique pour le tournage.

A quoi servent
ces lacs?

Eh bien, comme
dans le film: à se reposer, pêcher, pour les rendez-vous amoureux...

Etait-ce votre
idée première d'utiliser un tel endroit pour y faire un film?

Oui, un jour j'ai
découvert un des ces endroits, et je me suis dit que j'aimerais y tourner
un film.

Vous faites
un usage abondant et très surprenant des hameçons dans le film...
Ils ne servent en effet pas qu'à attraper des poissons...

Je les utilise
dans certaines scènes pour insister sur les sentiments douloureux des
personnages. C'est surtout pour montrer ça.

Quand j'ai vu
le film à Venise, des personnes ont été très choquées
par les scènes des hameçons...

Eh bien, si on
ne voit que les aspects horribles de ces scènes, si on ne voit que ça,
on ne voit pas tout ce qu'il y a dans le film, par contre, si on est capable
de voir au delà des choses horribles, on voit les sentiments, les peines
exprimées par les personnages. Et c'est comme ça qu'il faut voir
le film.

L'actrice principale
est proprement incroyable dans son rôle, très sensuelle, très
présente. Comment l'avez vous trouvée?

En fait, au début,
j'avais choisi une autre actrice. Mais quand je l'ai rencontré, par hasard,
j'ai pensé que c'était elle qu'il me fallait. Alors, l'autre actrice
était très en colère, bien sûr, mais ça s'est
arrangé depuis: elle va jouer dans mon prochain film.

De quoi parle
ce nouveau film?

De soldats américains
en Corée.

Entretien
réalisé par Robin Gatto
au Festival de Rotterdam en janvier 2001