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Published by Croisette
May 23, 2007
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"L'homme de Londres" de Béla Tarr

Béla Tarr, après avoir présenté en 2000 son film Les Harmonies de Werckmeister en section parallèle, concourt cette année pour la palme d'or avec le long métrage L'Homme de Londres. Il s'agit d'une adaptation du roman homonyme de Georges Simenon. Le film raconte comment, en devenant le témoin d’un meurtre, un homme solitaire, joué par l’acteur Miroslav Krobot, voit sa vie basculer. Le voilà confronté au péché, à la morale, au châtiment, écartelé à la frontière de l’innocence et de la complicité. Et cet état de scepticisme l’entraîne sur le chemin de la réflexion, sur la signification de la vie et du sens de l’existence.

Egalement interprété par Tilda Swinton, le film touche à cet indestructible désir des hommes pour la vie, la liberté, le bonheur, les illusions jamais réalisées, à ces riens qui nous apportent l’énergie, pour continuer à vivre, à s’endormir, à s’éveiller, jour après jour. L’histoire de Maloin est la nôtre, celle de tous ceux qui doutent et qui peuvent encore s’interroger sur leur pâle existence. « Si je devais répondre à la question de savoir pourquoi j’ai aimé et choisi cette histoire, déclare Béla Tarr, la réponse la plus adéquate serait, je crois, que c’est parce qu’elle traite à la fois de l’aspect universel et quotidien de la vie. Cette œuvre est à la fois cosmique et réaliste, divine et humaine ; pour moi, elle englobe la totalité de l’homme et de la nature tout comme leur banalité. »

 

Conférence de presse: 

 

En salle de conférence de presse, Béla Tarr a répondu aux questions des journalistes à propos de son film « L’Homme de londres », présenté aujourd’hui en Compétition. Il était entouré des comédiens Miroslav Krobot, Tilda Swinton, Ági Szirtes, János Derzsi et István Lénárt, de la co-réalisatrice et monteuse Ágnès Hranitzky, du producteur Gábor Téni et de John Simenon, fils de Georges Simenon, auteur du roman homonyme dont est tiré le film.

Béla Tarr sur le décès du producteur Humbert Balsan pendant le tournage : « Ce film était en gestation depuis très longtemps. Le moment le plus difficile a été la perte du producteur Humbert Balsan. Ca été été une tragédie pour la production, mais aussi sur le plan personnel : nous avons perdu un ami, un homme courageux, sensible, qui se battait pour le cinéma. C’est pour cela que le film lui est dédié. Il nous a fallu beaucoup de temps pour nous remettre au travail et je veux remercier tous ceux qui nous ont aidés. Personne n’a quitté le navire, malgré les crises. Cette amitié, cette solidarité nous a émus. »

John Simenon sur l’adaptation : « C’est la première fois que je vois une adaptation d’un roman de mon père dans lequel le spectateur arrive à entrer à l’intérieur de l’esprit du personnage. Cela correspond parfaitement à ce que mon père essayait de faire avec le texte. »

Béla Tarr sur ses intentions : « Ce qui m’a intéressé dans ce récit, c’est que c’est avant tout l’histoire d’un homme. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas l’argent, ce n’est pas cette valise, c’est la dignité humaine. »

Tilda Swinton sur la modernité du film : « Toute personne qui s’intéresse au cinéma moderne, qui recherche le cinéma de demain, doit étudier l’ensemble de la filmographie de Béla Tarr, et particulièrement ce film. C’est par l’énergie qu’il contient que ce film est moderne. »

Sur le rôle joué par la monteuse et co-réalisatrice Agnès Hranitzky
Ágnès Hranitzky : « Mon travail ne consiste pas seulement à coller des plans. Je suis présente dès le début du processus, et jusqu’à la fin . J’essaie de soutenir Béla. »
Miroslav Krobot : « Leur travail en commun est décisif. Elle surveille, elle dit s’il faut changer de plan… C’est une relation très profonde. Ils conçoivent tout ensemble. »

Tilda Swinton sur le fait d’être doublée : « Ce travail m’a beaucoup intéressée. Enfant, j’étais fascinée par les films de Fellini dans lesquels les gens parlaient différentes langues. Dans L’Homme de Londres, il y avait des scènes où je devais crier en anglais, pendant que Miroslav criait en tchèque et que Béla nous parlait en hongrois. Pour un film qui traite des difficultés de la communication humaine, cela me semblait parfait. »

 

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