Default Banner
Published by Editor
Oct 22, 2001
Established 1995 filmfestivals.com serves and documents the festival community, offering 92.000 articles of news, free blog profiles and functions to enable festival matchmaking with filmmakers.THE NEWSLETTER REACHES 198 000 FILM...

Saint Jean de Luz : les comédiens aussi

6ème Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint Jean de Luz
16 – 20 octobre 2001

Il y a des festivals bénis par la nature qui partent avec des avantages certains sur les autres. Comment résister en effet à l’envie de se rendre à Saint Jean de Luz, magnifique petit port du pays basque en bordure d’Océan, de succomber à son soleil, sa douceur et à la succulente cuisine basque ? On en oublierait presque la raison de notre venue : le cinéma. Ce ne sont pourtant pas ces raisons (ou du moins pas seulement) qui attirent chaque année des professionnels du cinéma et des cinéphiles dans cet endroit charmant, mais le festival international des jeunes réalisateurs fondé par son chaleureux directeur Jean-Michel Descombes il y a cinq ans.

Ayant pour but de promouvoir le jeune cinéma, cette manifestation propose une sélection de dix premiers ou seconds longs métrages présentés en compétition et en avant première, l’ouverture et la clôture ayant cette année été assurée par deux jeunes cinéastes désormais confirmés : Marion Vernoux et Jean-Pierre Améris. Assez inégale dans sa qualité et trop peu diversifiée géographiquement (à quand des films africains ou asiatiques ?), le festival a néanmoins le mérite de présenter des œuvres qui, pour la plupart, ont peu circulé sur le circuit, certaines y trouvant là leur toute première projection publique.

C’était le cas de l’un des grands vainqueurs de cette édition Fais-moi des vacances de Didier Bivel qui lors de la remise des Chisteras a raflé le Prix du meilleur film, le Prix du public et le prix du jury Ciné Cinéma. Version allongée d’un court métrage portant le même titre et déjà fort remarqué dans des festivals comme Clermont-Ferrand, Namur et les Lutins du court métrage, Fais-moi des vacances raconte l’histoire de deux gamins des cités, un black et un beur, qui décide coûte que coûte de partir en vacances, estimant qu’ils ont droit comme leurs autres camarades de profiter des bienfaits de notre société de consommation. Leurs pérégrinations les emmènera de surprise en surprise d’un camp de naturistes à la superbe demeure d’une belle Anglaise sans que rien ne les détourne jamais de leur objectif. Porté par deux incroyables petit s comédiens, Aymen Saïdi et Ibrahim Koma, cette fable initiatique a logiquement conquis son monde et s’avère assez prometteur pour la carrière de son réalisateur.

Chistera d’Or du meilleur réalisateur, La Vie peu ordinaire de Dona Linhares d’Andrucha Waddington faisait partie des rares films ayant connu un large parcours festivalier avant Saint Jean de Luz. Ce film brésilien avait en effet été présenté à Cannes l’année dernière avant de remporter des prix à Karlovy Vary, La Havane et Carthagène. Superbement photographié et servi par de superbes acteurs, le film de Waddington raconte comment une femme parvient à s’arranger une vie avec son mari, ses amants et ses quatre enfants (tous de père différent). Dans la lignée d’un Walter Salles, mais beaucoup plus caustique (on pense plus souvent au Mexicain Arturo Ripstein, la cruauté en moins), La Vie peu ordinaire de Dona Linhares témoigne du renouveau du cinéma brésilien et connaîtra d’ailleurs l’honneur d’une distribution en France fin décembre (ce qui en fait un drôle de conte familial pour les fêtes de fin d’année).

Sur un tout autre sujet, c’est le film Vivante de Sandrine Ray qui a remporté le Prix du jury jeune. Portrait d’une jeune fille à la dérive qui ne parvient pas à se débarrasser du souvenir d’un viol, le film suit une Vahina Giocante à fleur de peau dans sa trajectoire d’écorchée vive. Embarrassé de bon nombre de clichés et de maladresses, Vivante ne convainc pas toujours mais a vraisemblablement su toucher par sa sensibilité les jeunes lycéens du jury jeune.

Après Patrick Chesnais l’année dernière avec Charmant Garçon, c’était au tour de Zabou de faire ses premiers pas de réalisatrice à Saint Jean de Luz avec Se souvenir des belles choses, ou comment une jeune femme atteinte de la maladie d’Alzheimer vivra ses derniers jours de conscience avec un homme frappé d’amnésie. Venue présenter le film en compagnie de son acteur principal Bernard Campan, Zabou est repartie du pays basque avec la Chistera de bronze de la meilleure interprétation décernée à Isabelle Carré et Bernard Campan et que les deux comédiens ont décidé de lui offrir en hommage à son talent de directrice d’acteur.

Non primés, deux films québecquois, Hochelaga de Michel Jetté et Des chiens dans la neige de Michel Welterlin, se sont pourtant fait remarquer, surtout grâce à leurs comédiens. Venu défendre Hochelaga, dans lequel il ne joue pourtant qu’un rôle secondaire, l’étonnant Deano Clavet et son physique à la Marlon Brando, a fait partie des personnalités qui ont marqué le festival. Cet ancien boxeur qui a toujours rêvé d’une carrière de comédien, et qu’on a pu apercevoir dans quelques productions hollywoodiennes comme Snake Eyes ou Mon Voisin le tueur, a insisté sur le message du film qui traite des gangs de motards criminels qui sévissent à Montréal depuis plusieurs années. Quant à la pétillante Marie-José Croze, qu’on a pu voir cet été dans Maelstrom de Denis Villeneuve et qui sera bientôt aux côtés de Charles Aznavour dans le nouveau film d’Atom Egoyan, elle porte sur ses épaules le polar urbain Des chiens dans la neige avec une fantastique énergie. Comme Deano et les deux gamins de Bivel, elle fait partie des belles découvertes de ce 6ème Festival de Jeunes Réalisateurs qui mériterait cette année de s’appeler aussi Festival des Jeunes Acteurs.

Yannis Polinacci

Saint Jean de Luz 2000