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Published by Editor
Jan 23, 2003
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Les Tribulations d'un festivalier à Sundance

S'apprêter a partir pour le Festival du Film de Sundance, c'est en quelque
sorte, pour le festivalier moyen habituéà son paquetage revendiqué
"10 jours de Festival - 10 tee shirts - 10 valium et 1 brosse a dents",
se préparer à chausser les skis tout en décidant d'éviter
la neige, être prêt à braver la tempête tout en planifiant
l'ascension par la face Nord des seules salles de projection plus que jamais
réputées inaccessibles (Eccles, Holiday Village, Prospector Place...).

Anorak, moufles, bonnets, écharpes... L'envoyé spécial
de festival se retrouve encombré des accessoires indispensables à
tout mauvais skieur ou grand randonneur, quand il décide de râper
son nez frileux aux Rocheuses, par une température avoisinant les moins
10 ou moins 15 degrés, sous un soleil pourtant - j'en conviens - des
plus accueillants.

Arrivé a l'aéroport de Salt Lake City (Utah) - tremplin naturel
pour la station de Park City où se déroule le Sundance Film Festival
- il doit acquérir très rapidement, sous peine de luxation de
l'épaule ou de foulure du poignet, le réflexe d'arracher son bagage
de festivalier aux skis et snowboards qui encombrent carroussels et chariots
du terminal d'arrivée et rappellent àtout un chacun que si activité
cinématographique il y a, à 40 minutes de là, elle n'est
que périodique, temporaire, fugace et dangereusement artificielle.

La passion de la glisse avant tout.

Avant toute velléité cinéphilique eventuelle, laquelle
demeure - quoi qu'on en dise malgré une fréquentation revendiquée
de 100 000 festivaliers pendant 10 jours - le credo d'étranges étrangers,
venus, de loin et d'ailleurs, consommer glacées friandises et images,
consommer frappées affaires, rencontres et autres critiques cinglantes.

Une carte d'accreditation froissée dans les écharpes, un billet
d'entrée fébrilement tendu par deux mouffles insolentes, le baume
à levres fuyant sur le programme ou sur le carton d'invitation durement
negocié, les lunettes noires coquettement portées contre incognito
et reverberation, l'attente des navettes entre deux salles de projection et
sous les réverbères chauffants, tout concourt à Sundance
au plaisir apparent de la neige avant celui du cinéma.

Cependant, les salles sont pleines et le public enthousiaste. La course au
ticket d'entrée a tout de la chasse au dahu... Il fait tout de même
bon se retrouver a l'intérieur, 3 tonnes d'équipement sur les
genoux, le bonnet de l'un s'égouttant sur les chaussures de l'autre,
le souffle court, de la buée plein les yeux, flocon fébrile et
attentif face a la blancheur virginale de l'écran, prêt a partir
en randonnée, raquettes aux pieds et nez au vent dans l'espace inviolé
de la salle de projection, en compagnie des réalisateurs, films et public
de ce cru 2003.

Tout schuss jusqu'au générique et au clap de fin.

Position chasse neige interdite.

The snow must go on...

Philippe Reilhac