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Kenneth ANGER entretient une relation vivante et continue avec ses films ; il reprend ou remanie au fil des années certains de ses films en procédant à des opérations de teintage, de montage et des changements de musiques, constituant ainsi plusieurs versions pour trois de ses films: Rabbit’s Moon - Inauguration of the Pleasure Dome - Lucifer Rising, qui est une « réponse » d’amour à Scorpio Rising et à ses archétypes sociaux et sexuels des années 60 plus hostile et violent; de même que Eaux d’Artifice renvoie selon un jeu de mots franco-américain, à Fireworks (‘Feux d’artifice’).
« J’ai choisi, écrit Kenneth ANGER, le cinéma pour mode d’expression personnel parce que sa puissance dérange : il est le plus sûr moyen d’amener un changement…. Comme forme d’art, il dépasse « l’esthétique » et devient l’expérience. Mon cinéma « vit » quand le spectateur oublie qu’il voir une œuvre d’art ! (…) Par les efforts les plus déchirants, on gagne la couche phosphorescente du mythe qui est au fond de toutes nos existences. Je ne mentirai pas: le paysage de Fireworks fut atteint à travers des tunnels d’angoisse affreuse, à travers des nuits d’hallucination et des larmes brûlantes… ».
Pour Kenneth ANGER le halo de « scandale » et l’aura du cinéaste, pas plus que celle du mystère ou de magie qui entoure sa vie, ne sauraient s’opposer, car le cinéaste est l’incarnation du rebelle qui explore explicitement les mythes actuels et lointains de chaque époque: des mises en scène des mythes sexuels contemporains (des années 40-60) à celles issues des mythologies égyptienne, indienne, grecque, voire hollywoodienne, Kenneth ANGER n’a cessé de les façonner selon ses préoccupations cinématographiques de la lumière et avec son sens affirmé de l’histoire.
Pour Kenneth ANGER, être un cinéaste c’est travailler le cinéma en tant que criblé de lumière et de réminiscences cinématographiques, et montrer comme il le fait un prodigieux discernement dans les stéréotypes qu’il manie: ceux de l’adolescence (Fireworks), du cinéma de Hollywood des années 20 (le rappel de Barbara La Marr dans Puce Moment), le trio de la Comedia del’ Arte et la lanterne magique (La Lune des Lapins / Rabbit’s Moon), une soirée masquée où se croisent, au détour du film de Harry Lachman ‘Dante Inferno’ (1935), Anaïs Nin et la copie du somnambule de Caligari (Inauguration of the Pleasure Dome), des bandes de motocyclistes (Scorpio Rising), des musiques et des concerts rocks exceptionnels des années 60 (Invocation of my Demon Brother) et particulièrement l’un de Mike Jaegger, auquel renvoie la présence silencieuse de Marianne Faithfull (dans Lucifer Rising).
C’est la singularité de chaque époque, magnifiée par une mise en images et en musiques d’une grande virtuosité, qui se joue à travers ces stéréotypes décantés au fil du temps en autant d’archétypes universels que son dernier film Lucifer Rising capte et réverbère.
Kenneth ANGER résume ainsi sa démarche: « J’ai une approche ironique … c’est ma façon de regarder les choses… ». Ses films possèdent encore à ce jour une incandescente actualité.
Le temps est (re)venu de regarder les films de Kenneth ANGER.
Claudine Eizykman
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