<i>Féroce</i> : la réalité dépasse la fiction
Réalisateur du film polémique Féroce, Gilles de Maistre avait fait l’objet il y a quelques semaines d’une action en justice de Jean-Marie Le Pen qui réclamait le report de sa sortie après les élections. Le cinéaste, ancien journaliste, avait alors adressé à la presse un communiqué expliquant combien son film avait eu du mal à trouver un distributeur, et combien il lui était difficile de convaincre les exploitants de le programmer.
Quelques jours seulement après la sortie du film (sur 33 copies plus 8 supplémentaires le 24), l’actualité semble donner raison à Gilles de Maistre. Selon lui, son « film engagé est devenu un film visionnaire ». Le cinéaste a en outre déclaré :
« Il y a quelques semaines encore, à la recherche désespérée de salles de
cinéma pour projeter mon film, beaucoup d'exploitants me disaient qu'il ne
fallait pas parler de l'extrême droite, car elle n'existait plus. Je les ai
suppliés de croire qu'elle devenait de plus en plus puissante, et que son
discours polissé séduisait un nombre croissant de français. Mais ils sont
restés sourds aux alertes et aveugles à cette nouvelle image de l'extrême
droite qui avance masquée.
« Aujourd'hui, chacun doit agir de manière citoyenne. Et le cinéma ne doit pas
être à la traîne. Je souhaiterais que ceux qui se sont abstenus, ceux qui
sont dépolitisés, les jeunes qui ne savent pas ce que veut dire fascisme,
ceux qui ne voulaient pas voir en face la montée de l'extrême droite, ceux
qui ont voté Le Pen sans savoir qui il est réellement, aille voir Féroce. Pour comprendre la dangerosité de ces idées, pour décrypter l'horreur de
ce discours démagogique si tentant, pour entendre ce que ces gens-la se
disent vraiment quand il n'y a pas de témoins... Pour que chacun se méfie.
Le Pen n'a jamais été aussi féroce.
« Le public a soutenu le film et ce mercredi, nous gardons toutes nos salles.
En plus, Lyon, Limoges, Strasbourg, Montparnasse et Convention à Paris
programme le film. Mais Lille, Toulouse, Cannes, Orange, Aix, Perpignan, les
Champs-Élysées,... La censure toujours. »