Eric Valette, talent du court
Ce film ayant déjà connu une belle carrière en festival, qu'attendez-vous aujourd'hui
de sa présentation cannoise ?
Je suis ravi que le film soit montré ici parce qu'il va toucher les professionnels
et qui plus est, un public international. Du coup, je suis particulièrement curieux
des réactions. Même si le film a déjà participé à des festivals étrangers, jamais
il n'aura brassé autant de nationalités et de cultures à la fois.
Quel en est le sujet ?
C'est l'histoire d'un pauvre type qui a choisi d'accéder à un statut social hors
de sa portée en décidant de devenir un tueur en série.
Quel parti-pris d'image avez-vous choisi pour raconter cette histoire ?
Un traitement argentique sans blanchiment qui correspond bien à l'atmosphère un
peu déprimante du film, au monde sous-exposé et étrange qui est celui de l'univers
intérieur du personnage. Tout le film est d'ailleurs en voix off. Avec le chef-opérateur,
j'essaie toujours de réfléchir à la manière de servir au mieux l'histoire, jamais
d'imposer un style. Ce qui explique que chacun de mes courts-métrages soit différent
du précédent. Là, je sortais d'un film très coloré et très contraste.
Le film se revendique-t-il comme appartenant au cinéma de genre ?
C'est du pur cinéma de genre, mais le personnage est tellement pathétique qu'il
engendre néanmoins de la drôlerie.
Quelles sont vos influences dans ce registre ?
J 'adore les grands réalisateurs de genre que sont John Carpenter ou Brian de
Palma. Mais je suis aussi un grand fan du cinéma asiatique, d'Akira Kurosawa à
Kiyoshi Kurosawa ou à Kitano. Le cinéma que j'aime va vraiment de l'Asie aux Etats-Unis.
Comment ce cinéma-là s'inscrit-il dans le cadre de la production française
?
Je n'en ai aucune idée. Quand John Woo fait ses films, ne s'inspire-t-il pas autant
des polars japonais des années 6O que de Melville ! Fatalement, il y a de par
le monde des rencontres hallucinantes. Alors je me dis qu'en Europe, il y a aussi
de la place pour des rencontres entre l'Asie et l'Amérique !
Cannes demeure-t-il toujours un tremplin vers le long métrage ?
Tout festival est susceptible de constituer un tremplin vers le long métrage dans
la mesure où il demeure le lieu privilégié pour rencontrer les gens et nouer des
contacts professionnels. Mais si chaque festival offre une chance de se connecter
sur un projet, Cannes - du fait de son ampleur - multiplie ces chances.
Vous allez tourner cet été votre premier long métrage. Avez-vous l'impression
que votre progression dans le métier ait été particulièrement rapide ?
J'envie les gens qui tournent un film, voire deux par an. En France, tout est
toujours trop long : le syndrôme de l'auteur fait qu'on traîne les projets derrière
soi et c'est dommage car c'est dans le travail qu'on progresse. Quitte à se tromper,
il faut tourner, tourner et tourner encore…