|
"Avant tout, précisons que nous avons pu voir, cette année, une sélection de courts-métrages de haute tenue. Nous remercions l’équipe du festival du cinéma espagnol car dénicher ces pépites est un sacré travail. Qui plus est, les thèmes des films percutent bien souvent avec acuité l’actualité récente. Pas évident, pour nous, de n’en garder qu’un seul en tête. Plusieurs des membres de notre jury ont d’abord désigné un trio gagnant parmi les huit films en sélection.
Nous avons beaucoup aimé Stanbrook. L’histoire de ce capitaine qui, en 1939, choisit, malgré les ordres qu’il a reçus, de faire monter à bord de son navire des Espagnols cherchant à fuir leur pays, a embarqué pas mal d’entre nous. Avec son parti pris de noir et blanc très pictural, il évoque les réalités des migrants et des réfugiés d’hier et d’aujourd’hui.
Quebrantos (Détresse), sorte de témoignage radiographé sur les violences faites aux femmes, a aussi visé juste. Cet ovni, avec un montage et un langage cinématographique particuliers, fait passer un message direct. Stains (Taches), qui aborde les violences policières, a frappé pas mal d’entre nous : surprenant, sans dialogue, avec une force étrange dévoilant sa pertinence dans les dernières minutes du film. Le mystérieux Augas abisais (En eaux profondes), plongée dans une recherche historique revêtue d’une forme hybride, nous a aussi interpellés.
Mais le film qui nous a tous réunis, que chacun de nous sept a cité parmi ses préférés, et en tête pour quatre d’entre nous, c’est Lo efímero (L’éphémère). Ce court-métrage de Jorge Muriel, sorti en Espagne en 2020, est un grand moment de cinéma. Avec, d’abord, une photo et un cadre impressionnants, filmant au plus près les grains de peau, les yeux qui se cherchent, les mains qui se frôlent, les détails dans l’image : des lacets défaits, une rose, la couverture d’un livre, la vitre d’un métro… Lo efímero, ce sont aussi des personnages très incarnés, que l’on croise à trois âges de leur vie, interprétés par d’excellents acteurs ; des jeux de temporalité dans la construction du scénario, avec des flash-backs éclairant l’histoire ; très peu de dialogues, mais quelques phrases clés comme : « Ma mère dit que ce n’est pas normal qu’un garçon joue avec une poupée », sentence assénée par une enfant. Ou ce prêtre d’une grande douceur qui rassure un enfant tourmenté : « Le démon n’existe pas, il a été inventé par ceux qui ne savent pas aimer. »
La rencontre dans un wagon de métro entre deux inconnus qui se reconnaissent pourtant, suspend le cours de leur vie pour un moment fugace, éphémère, qu’ils garderont en eux pour toujours. Un film qui nous a marqués."
|